Le Midi de Madagasikara
Fanja SAHOLIARISOA
Port Louis
Rapts, enlèvements ou enfants adoptés abusivement : ce sont les diverses manières de décrire le trafic d'enfants dans la Grande île. Le problème resurgit ces derniers temps.
La vente d'enfants, rapts ou adoptions abusives sont monnaie courante depuis quelque temps dans la Grande île.
Les enlèvements d'enfants font la une des quotidiens de la capitale malgache ces derniers temps. Le phénomène devient de plus en plus aigu. Mais derrière tout cela semblerait transparaître un réseau de trafic d'enfants.
La loi malgache ne définit pas expressément cette notion de trafic. "Nous essayons d'appliquer et de travailler à partir de la définition spécifiée dans la convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée, adoptée à Palerme, Italie", explique la commissaire de police Ny Aina Randriambelo, chef de service central des moeurs et de la protection des mineurs à Anosy.
La convention stipule qu'un enfant est victime de traite quand il est recruté et transporté à de fins d'exploitation.
A Madagascar, le trafic se traduit par du proxénétisme si les victimes sont des jeunes filles de moins de 18 ans. Le cas est apparu à Nosy Be récemment. Par contre, la police qualifie le trafic de viol le délit à l'encontre d'un enfant âgé de moins de 15 ans, et de détournement de mineurs si la victime a plus de 15 ans.
Par rapport à la convention, "les travaux de domesticité sont les plus fréquents à Antananarivo, Antsirabe, Ambatolampy. Dans la plupart des cas, ce sont les parents qui encouragent leurs progénitures à s'y mettre", déclare la commissaire. Ceux qui font travailler des mineurs sont passibles de pénalités.
Enquêter sur les cas de trafic d'enfants n'est pas une tâche facile pour ce service à Anosy, car le personnel affecté est en nombre insuffisant."Le plus gros obstacle est le tabou sur la sexualité chez la plupart des ménages. Beaucoup de Malgaches ne peuvent pas encore en parler ouvertement. Or, tout est dit, les parents peuvent bien assumer à 100 % leur rôle ainsi que leur autorité dans tous les cas", exige Ny Aina Randriambelo, déçue de la situation actuelle.
Briser la loi du silence
La difficulté à obtenir et à donner des informations est une autre contrainte ne facilitant pas la protection des mineurs. L'accès aux moyens de communication n'est pas équitable pour de nombreux jeunes, pour lesquels les messages ne sont pas parfois clairs. Dans ce cas, les adolescents n'ont pas accès à l'information et il leur est difficile de connaître leurs droits.
Renforcer le rôle des parents. D'autres cas de trafics émergent au sein de la société malgache, actuellement. On peut citer la vente d'enfants, que les trafiquants cachent à travers de faux et d'usage de faux papiers ou de déclarations.
"Dans ce cas, les enfants sont expédiés et vendus sous le prétexte d'adoption", mentionne la commissaire Ny Aina Randriambelo. D'ailleurs, elle s'occupe de plusieurs affaires de ce genre.
Dans tous les cas, les plaintes se rapportent à de déclarations de disparition, ou de détournement de mineurs. "Il faut savoir que les enfants ne se sentent pas du tout comme des victimes de ces délits. Au contraire, ils tirent avantage en recevant une somme qui leur est proposée", note encore ce chef de service, appelant par ailleurs les gens à la dénonciation.
Dans ce cadre, le service central des moeurs et de la protection des mineurs a organisé dans certains quartiers de la capitale des séances de sensibilisation, à l'intention des parents et des jeunes. Divers thèmes y ont été discutés, tels la maltraitance infantile, les abus, les droits de l'enfant, etc
L'effort a enregistré des résultats positifs, car depuis "de nombreuses personnes osent venir chez nous dénoncer les délits. Même ceux perpétrés par un membre de leur famille", soutient la responsable.
De plus en plus de jeunes gens et d'adolescents sont aussi encouragés à venir demander de l'aide auprès des autorités. Ainsi, sur 20 personnes, trois jeunes fréquentent le service des moeurs et de la protection des mineurs à Anosy. D'ailleurs, la police de proximité incite les gens à briser la loi du silence.
La responsabilité des parents apparaît dans la lutte contre le trafic d'enfants. La loi stipule bien que l'autorité parentale constitue un droit. Leur rôle consiste aussi à protéger son enfant contre toutes les formes de violence.
"Mais nous ne pouvons pas toujours nous fier à l'application de la loi, car le verdict du tribunal déçoit parfois", souligne Minotiana, une mère de famille habitant le quartier d'Ambatoroka où une tentative de kidnapping d'un enfant de 9 ans a défrayé la chronique.
Le dialogue doit primer dans la famille, pour que les parents apprennent à leurs enfants les comportements et les attitudes à adopter. "Cela pourrait diminuer et prévenir les problèmes de violences à l'encontre des enfants", conclut la commissaire de police Ny Aina Randriambelo.